Les menaces sur le sol

Aujourd’hui, la conservation des sols, sous entendu la conservation de la fertilité des sols, est devenue une priorité car le sol est le support fondamental pour l’agriculture. Pourtant nos modes de cultures conventionnels, qu’ils soient AB ou non, posent de réels problèmes tels que :

  • L’affinage des sols pour la création des lits de semences qui favorise la battance, entraînant  l’asphyxie du sol, empêchant la germination des graines et favorisant le ruissellement de l’eau qui emporte avec elle tous les résidus de produits phytosanitaires et fertilisants apportés en surface.
  • Le compactage des sols, conséquence de l’affinage du sol sur une grande profondeur (30 cm) et de la baisse des taux de matière organique. Cet état structural empêche l’infiltration de l’eau dans le sol, le réapprovisionnement des nappes phréatiques, diminue la croissance des systèmes racinaires, baisse la disponibilité des éléments minéraux et de l’eau pour les plantes, et favorisant la disparition d’activité biologique dans le sol (asphyxie). Le compactage s’installe plus ou moins rapidement selon la texture et la structure du sol. La compaction des sols est dû à :
    • un nombre d’interventions élevées sur la parcelle
    • une intensité importante dans l’action des outils
    • une création importante de terre fine
    • un matériel trop lourd
    • le passage des engins sur des sols humides
    • le travail des engins dans des sols humides
  • L’érosion des sols consécutive à la formation de la battance et à la compaction des sols entrainant la perte irréversible des sols.
  • La diminution du taux de matière organique (MO) dans le sol liée au faible taux de retour de la biomasse végétale et à l’oxydation excessive (travail du sol et fertilisation). La MO contribue à la stabilité structurale du sol, à sa fertilité, à la production de biomasse, au pouvoir fixateur du sol (complexe argilo-humique) et à la régulation de l’effet de serre en stockant le carbone.
  • La perte de la biodiversité et de l’activité biologique est consécutive à la destruction des habitats par les outils et la suppression de la nourriture (résidus végétaux). L’activité biologique du sol joue un rôle fondamental dans la minéralisation de la matière organique. Sans activité biologique, le turn-over de la MO est plus lent et, pour compenser la moindre minéralisation, l’agriculture a un recours de plus en plus important au travail du sol (oxydation accrue de la MO), aux engrais organiques et de synthèse. De plus, la quantité des organismes joue un rôle sur la structure des sols (champignons, vers de terre), sur les relations avec la plante (symbioses racinaires, bactéries, mycorhizes) et l’efficacité des chaînes trophiques.
  • La pollution de l’eau et des sols par les nitrates (lixiviation) et les produits phytosanitaires. On parle alors de phytotoxicité qui peut engendrer des pertes de rendement.
  • L’épuisement des sols en éléments chimiques (N, P, K…) est dû au lessivage des éléments,  à une succession de culture ayant les mêmes besoins dont la carence en un seul peut avoir des effets néfastes sur le rendement (principe du facteur limitant).

Les pratiques agricoles actuelles, énergivores, utilisent la notion de « sol support » et permettent de conserver artificiellement le sol « en production » grâce à l’utilisation des machines et des intrants.  La principale question que pose les pratiques agricoles est de connaître leur potentiel de durabilité, c'est-à-dire leurs capacités à produire en grande quantité des aliments de bonne qualité, de l’énergie renouvelable, des biomatériaux et des ressources adaptées à la chimie verte, le tout en protégeant les ressources naturelles que sont le sol, l’eau, l’air et la biodiversité.

 

Solutions apportées par l’agriculture durable

La couverture permanente des sols – Cette couverture supprime les phénomènes de battance, de compaction et d’érosion (par l’eau et le vent). Les végétaux interceptent l’énergie cinétique des gouttes d’eau, amortissent l’eau dans un matelas de débris, favorisent l’infiltration par l’action conjuguée des racines et de l’activité biologique et  ralentissent le ruissellement en cas d’excès d’eau.

Elle a aussi pour rôle pour diminuer la pollution en filtrant le sol grâce aux racines des plantes (culture intermédiaire piège à nitrates) et, après dégradation, d’augmenter le taux de matière organique ce qui permet de renforcer la capacité de dénitrification et de rétention du complexe argilo-humique (l’activité biologique est responsable de la transformation des nitrates (NO3-) lessivables en ammoniums (NH4+) captés par la CEC en présence d’une nutrition carbonée fraiche sur le sol). L’augmentation des taux de MO du sol accélère la dégradation des molécules de produits phytosanitaires ce qui diminue les risques de pollution de l’eau.

Enfin la minéralisation de la couverture végétale alimente le cycle des nutriments en éléments chimiques simples assimilables par les systèmes racinaires. >>>Accoître la couverture des sols

La rotation des cultures diversifiées – La rotation permet de jouer sur 2 enjeux de la protection des sols. D’une part, en variant les besoins nutritifs des plantes, elle permet au sol de régénérer son stock en éléments minéraux jouant ainsi sur la loi du facteur limitant et introduisant une meilleure gestion des fertilisants. D’autre part, la rotation, en variant le rythme des successions culturales et la nature des apports nutritifs, lutte efficacement contre les parasites en améliorant la diversité et la quantité d’êtres vivants présents dans l’activité biologique du sol. La lutte biologique débute avec une forte activité biologique et une forte biodiversité présente dans les parcelles agricoles. >>>Améliorer la rotation des cultures

Le semis direct – Le semis direct solutionne efficacement la problématique de la destruction du gîte et du couvert réalisée par les outils de travail du sol. C’est une technique douce de gestion des sols. Le poids des engins est faible, l’énergie utilisé également, l’intensité du travail du sol est supprimée, les semoirs savent gérer les résidus des cultures. Cette technique limite le compactage des sols uniquement si elle est associée à la couverture des sols. En évitant le travail du sol, on supprime tous les aspects négatifs liés à l’action des outils. L’absence de travail du sol, en préservant les habitats, permet le retour de l’activité biologique du sol, notamment  les vers de terre qui aèrent le sol et les champignons qui le structurent (ils produisent l’humus, c'est-à-dire la fraction stable de la matière organique qui colle le sol). >>>Favoriser le non-travail du sol