Les menaces sur la qualité de l'eau

La pollution des eaux par les nitrates représentent aujourd’hui un des grands enjeux de la protection des ressources naturelles en agriculture.

Bien que le pourcentage des masses d’eaux souterraines polluées reste faible, environ 10% (Note Eaufrance – « De  l'état des eaux en 2009 aux objectifs 2015 », 2010), les nitrates présents dans l’eau sont responsables de très lourdes sanctions pour la France, soit 28 millions d’euro selon le Ministère de l’Ecologie, sans compter la perturbation des hydrosystèmes avec par exemple les ulves présentes en Bretagne.

Toutefois les nitrates ne sont pas le seul enjeu !

L’eau est inégalement répartie à l’échelle Française et les besoins ne sont pas uniquement liés au secteur de l’agriculture. Lors des étés précèdent 2013, des restrictions d’irrigation ont été imposées dans plusieurs régions (Poitou Charente, Sud Ouest, Midi Pyrénées, stade critique de l’état de la nappe en Beauce, …). Il y a urgence à mieux gérer la ressource hydrique en général et les besoins des plantes en eau d’irrigation en particulier. La gestion agricole de l’eau passe par le développement de la réserve utile des sols permettant la rétention de l’eau par le sol pour les besoins des cultures. La réserve utile des sols est sous la dépendance de sa texture et de sa structure. La structure est améliorée par la présence des plantes, l’enrichissement des sols en matière organique et la microporosité que construit l’activité biologique.

Quelles menaces pour la qualité l’eau ?

D’après ce tableau, TURQUIN (2009) distingue six menaces majeures sur la qualité de l’eau : le lessivage des sols, le ruissellement, la recharge des nappes, les inondations, la dégradation des hydrosystèmes et la pollution. Pour la protection de l’eau et des hydrosystèmes, intervenir sur le travail du sol et la diminution des intrants  sont les enjeux les plus importants identifiées dans cette étude : une mauvaise gestion de ces deux facteurs implique des répercutions dans cinq des six menaces identifiées. Généralement, les études réalisées se basent sur les pratiques conventionnelles de l’agriculture. La question que devrait se poser l’ensemble des parties prenantes de la gestion de l’eau concerne les changements de pratiques agricoles : « si le mauvais état de la Ressource Eau est le résultat du travail du sol, de sa mise en nu, de l’apport des intrants, de l’irrigation et du drainage, qu’en serait il avec des pratiques agricoles différentes qui couvrent le sol toute l’année ? » En 2013, cette réflexion est ouverte par l’Agence de l’Eau Adour Garonne qui appuie le projet AgrEau.

L’irrigation demeure un sujet important. Les problèmes de salinisation des sols, irréversibles avec des pratiques agricoles conventionnelles (irrigation, travail du sol et sols nus), peuvent être résolus par la couverture permanente des sols (plantes et litières). Les politiques de restriction d’eau posent de nombreux problèmes aux agriculteurs. Améliorer la gestion collective de l’eau est indispensable. Une vrai politique de gestion de la ressource est nécessaire. De même, améliorer les pratiques agronomiques pour une meilleure gestion de l’irrigation devient vital. Ceci passe en premier lieu par l’augmentation du taux de matière organique du sol, le développement de sa porosité biologique et son exploration profonde par les systèmes racinaires.

Le drainage agricole est rarement un souci vis-à-vis de la gestion de l’eau. En évacuant l’eau des sols hydromorphes, cette technique permet la mise en valeur d’une importante part de la SAU. Ces sols ne contribuent que très rarement à la gestion des crues. Par contre, leurs capacités de rétention et de filtration de l’eau doivent être préservées via la couverture végétale. Généralement, c’est le défaut de couverture des sols drainés qui est responsable des transferts rapides de l’eau et des phénomènes de pollution.

L’assèchement des zones humides est un dossier complexe qui, aujourd’hui, concerne bien plus l’urbanisation que l’agriculture. L’assèchement des zones humides par l’agriculture constitue souvent un excellent compromis d’aménagement. Il a été utilisé comme arme sanitaire pour combattre les maladies et améliorer la santé publique (la Dombes, le marais poitevin, la Camargue, …). De nombreux sites ruraux possèdent encore des noms de lieux dits utilisant le mot Palud, constituant ainsi un témoignage vivant de l’histoire sanitaire des zones marécageuses où sévissait le paludisme. Généralement, l’agriculture n’a pas fait disparaitre les zones humides. Elle les a transformées en marais avec des techniques de polder, rendant productive ces zones sauvages et, par un système de canaux et d’écluses, contribue à l’amélioration de la gestion des crues et des inondations. En règle générale, les économies locales et le développement social ont été au rendez vous de ces programmes d’aménagement.

Solutions apportées par l’agriculture durable

La couverture permanente des sols – La présence permanente des végétaux sur le sol permet de lutter efficacement contre la pollution de l’eau (pompes biologiques et épuration), d’améliorer l’infiltration (recharge des nappes, baisse des inondations), d’augmenter la réserve utile (stockage de l’eau, amélioration de la gestion de l’irrigation), d’améliorer l’évapotranspiration qui baisse la température des sols et combat efficacement la salinisation (protection et production de MO).

Une fois dégradées, les plantes permettent d’augmenter le taux de matière organique (MO) dans le sol. La MO est l’élément structurant ainsi qu’un filtre. Elle contribue au complexe argilo-humique, augmente la CEC et la capacité de rétention des éléments ainsi qu’à produire un engrais naturel  permettant la maîtrise de la fertilisation.

En consommant d’importantes quantités d’eau, les plantes retardent et/ou évitent les problèmes de saturation en eau qui fait perdre la capacité filtrante d’un sol et augmente :

  • Les risques de lixiviation
  • Le ruissellement
  • Les risques d’inondations

En couvrant les sols, les plantes constituent un lieu d’accueil pour différentes espèces ce qui favorise la biodiversité. >>>Accoître la couverture des sols

La rotation des cultures diversifiées – La rotation des cultures permet d’assainir le sol à l’image des cultures intermédiaires pièges à nitrates (CIPAN), de favoriser la recharge des nappes en alternant des plantes selon leurs besoins en eau et leur développement racinaire, de lutter contre les adventices et diminuer les besoins en fertilisant. Par exemple dans le cas d’une rotation sur 5 ans de type : Pois-Colza-Blé-Blé-Maïs, la présence de deux dicotylédones au début de rotation et une culture de printemps en dernière culture permet de lutter contre les adventices en créant une alternance entre les différents cycles des plantes de cultures et par conséquence des adventices. Les indésirables de l’automne ne poussent pas au printemps ou en été et vice versa. >>>Améliorer la rotation des cultures

Le semis direct – L’intérêt de cette pratique est de limiter le travail du sol. Ainsi, les systèmes racinaires qui contribuent au fonctionnement de la capillarité de l’eau dans le sol sont préservés. La préservation et la cumulation d’année en année des propriétés physiques, biologiques et chimiques des sols, grâce à sa non perturbation et sa couverture permanente, contribuent à copier le fonctionnement de la nature en agriculture. Il faut comprendre que les formidables propriétés de production et de préservation de l’environnement réalisées par les écosystèmes sont sous la dépendance des plantes :

  • Elles couvrent le sol dès que c’est possible, le sol est toujours couvert,
  • Elles produisent, grâce au cycle de la matière organique, des sols fertiles à leur seul profit,
  • Elles prolifèrent sur la terre fertile, et produisent un maximum de biomasse recyclé sur place,
  • Elles entretiennent, régulent et épurent les cycles de l’eau, de l’air et du carbone,
  • Elles développent la biodiversité,
  • Le sol n’est jamais (ou très très peu) perturbé dans la nature !

A toutes ces nouvelles techniques agricoles contribuant à copier le fonctionnement de la nature en agriculture qui nous viennent de la tradition agricole amérindienne, il faut rajouter la totalité des dispositifs fixes et protecteurs que produit l’introduction des arbres. >>>Favoriser le non-travail du sol

L’agriculture du 21e siècle devra faire alliance avec la nature. Les techniques agroécologiques naissent de l’alliance de la couverture horizontale des sols par les techniques agricoles adaptées avec la couverture verticale des arbres qui améliorent le potentiel et la performance du puits de carbone agricole à construire. Les agriculteurs devront mettre correctement en œuvre les 5 outils de production agricoles et en mesurer les résultats.